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concours national d'architecture

Immobilier : Deux jeunes Nordistes lauréates d’un concours national d’architecture

Par

Karin Scherhag
Leur projet de réhabilitation d’une cité ouvrière du centre-ville de Roubaix a séduit le jury du concours Archi Jeunes. Rencontre avec Assia Ghani et Mélina Ndoumbe, les grandes gagnantes de ce concours lancé par l’agence d’architecture Valode & Pistre. Crédit photos : Thierry Thorel.

C’est un coup de projecteur auquel elles ne s’attendaient pas vraiment. Diplômées de l’Ecole nationale supérieure d’architecture et de paysage de Lille en juin dernier, la Roubaisienne Assia Ghani, 24 ans, et la Lilloise Mélina Ndoumbe, 27 ans, ont remporté mi-mars le premier prix d’un concours national d’architecture : Archi Jeunes. Créé cette année par l’agence parisienne Valode & Pistre, ce concours était réservé aux architectes fraîchement diplômés ou aux étudiants en dernière année. « Cette récompense donne une visibilité à notre travail et en cette période particulièrement difficile pour les jeunes diplômés, elle tombe parfaitement bien », souligne Mélina. Le thème du concours « Habiter, demain » - ou comment la crise du Covid a bouleversé notre façon de vivre et de se loger – a inspiré les architectes en devenir. Les organisateurs ont ainsi reçu 55 projets aussi variés qu’ambitieux. Et c’est celui des deux jeunes Nordistes, sobrement intitulé « Maisons ouvrières », qui a raflé la première place. Copines de promo, Assia et Mélina ont travaillé de concert à un projet de réhabilitation d’une cité ouvrière du centre-ville de Roubaix. « On trouvait le sujet intéressant, il ne nous restait plus qu’à trouver un terrain qu’on connaissait bien toutes les deux, raconte Assia. On a pensé que ceux qui avaient le plus souffert des confinements étaient ceux qui vivaient dans des quartiers " précaires ", comme ici à Roubaix. On s’est ensuite concentrées sur l’habitat ouvrier, typique de notre région. » « On pouvait travailler sur un projet de construction ou sur une réhabilitation, intervient Mélina. Le second choix nous semblait logique. On a donc cherché un ilot lanière et on a choisi celui-ci parce qu’il était proche du centre-ville. » L’ilot identifié par les deux jeunes femmes – à l’angle des rues Saint-Eleuthère et des Fossés – comprend une trentaine de maisons plus ou moins bien entretenues. « On connaît les problématiques de ce type d’habitat, poursuit Assia. Le manque de lumière à l’intérieur et l’absence de jardin. D’ailleurs, à certaines périodes de l’année, les habitants s’approprient l’espace public. » Dans ce quartier comme dans une multitude d’autres du même type, les espaces verts sont en outre quasi-inexistants. Les deux architectes ont d’ailleurs été frappées par la minéralité du lieu : « Il n’y a même pas un arbre dans les rues. » L’idée de Mélina et d’Assia était donc claire : ouvrir les habitations sur l’extérieur, en créant des jardins. Comment ? « En assemblant trois maisons en un seul module », plus vaste et capable d’accueillir davantage de familles. Certaines pièces de la maison – la cuisine, la buanderie et le jardin donc – deviennent dans ce projet des espaces partagés. « L’objectif étant également de lutter contre la solitude de certains habitants, notamment les personnes âgées, qui sont totalement isolées pendant les confinements. » Dans le dossier qu’Assia serre précieusement contre elle, on aperçoit aussi que certains rez-de-chaussée sont voués à être transformés en studios pour personnes âgées ou à accueillir des locaux associatifs. « Les logements familiaux démarrent au premier niveau mais sont en fait plus grands qu’actuellement car plus étalés, avec des extensions transformées en toits-terrasses », détaille Mélina. Des travées végétalisées doivent aussi permettre de créer des connexions vers les autres quartiers. Tout cela n’est pour l’heure qu’un projet mais les deux jeunes femmes aimeraient le proposer à la mairie de Roubaix ou aux associations de la ville. « Avant même de connaître les résultats du concours, on avait envie de poursuivre notre étude. On est architectes et on a travaillé sur un projet qui servirait vraiment à la population. » Si Mélina vient de décrocher un contrat en CDD à Paris, elle n’exclut pas d’accepter avec Assia le stage qui leur est offert par le cabinet Valode & Pistre (lire l’encadré ci-contre). Elles auraient alors six mois pour tenter de mener à bien la réhabilitation de ces maisons ouvrières.

Les autres lauréats

Le concours Archi Jeunes a récompensé cinq projets. Les Nordistes Assia Ghani et Mélina Ndoumbe ont donc remporté le premier prix et une bourse de 8 000 euros. Le deuxième prix récompense Zineb Bennouna et Marylou Machecourt qui ont imaginé « Au Kêr de demain » : un groupement de logements assemblés autour de la ressource en eau, dans l’un des quartiers les plus pauvres de Dakar (Sénégal). Le troisième prix revient à « Prémalliance » de Khaled Diaeddine, qui a travaillé à Grenoble sur la transformation d’un complexe tertiaire préfabriqué des années 1970. Avec son projet intitulé « What goes up must come down - Vivre dehors », Telmo Escapil-Inchauspé envisage la construction de deux extensions en forme de tours transparentes dans l’espace inutilisé d’une résidence d’habitat social à Paris. Enfin, Louis Gibault décroche le cinquième prix pour son « Tour circuit - Circuit court ». Il s’agit là du projet d’une tour constituée d’un empilement de maisons individuelles. S’ils le souhaitent, les trois premiers lauréats ont l’opportunité d’effectuer un stage de recherche rémunéré d’une durée de six mois au sein de l’agence Valode & Pistre. Ils pourront alors approfondir leur réflexion. L’agence d’architecture a en effet développé un secteur de recherche sur l’habitat qui s’est traduit en particulier par la réalisation du projet expérimental « Autonomous Building for Citizens » à Grenoble et par le projet d’îlot urbain Prado Concorde à Castelnau-le-Lez (Hérault). Les projets de tous les lauréats seront en outre exposés pendant deux mois dans les locaux parisiens de Valode & Pistre et seront également visibles sur le site internet de l’agence. Un beau coup de projecteur pour ces jeunes architectes.

 

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