Ils vivent dans une serre géante !

Par

Karin Scherhag
À Rekkem, de l’autre côté de la frontière franco-belge, se cache une pépite architecturale. Imaginée par Koen Vandewalle et sa compagne Samia, cette maison-serre est autonome en énergie et bioécologique. Une première en Belgique qui pourrait faire des émules chez nous. Photo : Pascal Bonnière
On la croirait tout droit sortie d’un film de science-fiction. Dans la plaine de Rekkem, petite commune belge faisant face à Halluin, la maison de Koen et Samia ne passe pas inaperçue depuis sa construction mi-janvier. Sous un beau soleil de printemps, on découvre une serre gigantesque de 360 m2 au sol. À l’intérieur de cette coquille originale se dresse une maison cubique en bois blanc, bordée d’un potager où poussent déjà artichauts, pommes de terre, roquette, plantes aromatiques, figues, amandes et mûrier servant de parasol naturel. Cette maison-serre est la première du genre en Belgique. Deux autres existent en Suède et cinq ou six aux Pays-Bas. C’est là que Koen Vandewalle, architecte, a trouvé l’inspiration.
« J’ai toujours essayé de construire des bâtiments qui consommaient le moins d’énergie possible, explique-t-il. Il y a cinq ans, j’ai donc repris des études en construction bioécologique et pu visiter des bâtiments autonomes. » L’idée de construire une maison sous serre entièrement autonome et bioécologique (lire l’encadré) fait son chemin et Koen soumet le projet à Samia. « J’ai trouvé ça complètement fou, se souvient-elle. Vivre dans une serre ? Quelle idée ! » Mais son conjoint insiste, lui détaille le projet et parvient à la convaincre. À condition tout de même de lui garantir un confort minimum. « Je veux bien vivre en harmonie avec la nature mais je ne veux pas renoncer à tout. Nous sommes une famille recomposée et nous élevons cinq enfants. Nous avons donc besoin de beaucoup d’eau pour les douches, les lessives… S’il avait fallu compter, cela aurait été impossible. »
La maison de 440 m2 habitables (elle dispose d’un immense sous-sol où sont aménagées les chambres et les salles de bains, ainsi que d’un vaste espace bureau à l’étage) est équipée de trois cuves de 20 000 litres qui servent à récupérer l’eau de pluie. De quoi tenir environ six mois, selon les estimations de Koen. L’eau est ensuite naturellement filtrée grâce à un système de roseaux et de pierre de lave pour être rendue potable. Les trois douches de la maison sont en outre écologiques, c’est-à-dire qu’elles disposent d’un compteur qui limite la consommation d’eau à 3 litres par minute, contre 6 pour une douche classique. « Nos habitudes de vie ont changé, reconnaît Samia. On ferme le robinet quand on se lave les dents par exemple. Et les portes pour éviter les déperditions de chaleur. Mais aujourd’hui, je ne pourrais plus vivre dans une maison traditionnelle. »
La maison de Rekkem n’est reliée ni au réseau de gaz, ni au réseau électrique. La chaleur emmagasinée dans la serre chauffe toute la maison. L’énergie solaire captée est emmagasinée dans une dizaine de batteries au sel. « Les plus anciennes et les plus écologiques qui soient », précise Koen. Petit coup d’œil à la montre et au thermomètre. Il est 10 h 30. Dehors, il fait à peine 6°C mais déjà 22 à l’intérieur. « Tout est automatisé, explique le chef de famille qui nous emmène dans l’impressionnante salle des machines située au sous-sol. Dès que la température dépasse 25°C, le toit de la serre s’ouvre pour faire rentrer de l’air frais. » Démonstration moins d’une heure plus tard : le toit s’ouvre en partie dans un bruit mécanique aisément reconnaissable. Trois puits canadiens sont aussi installés dans le jardin : ils servent à capter l’air froid en profondeur en cas de fortes chaleurs. Le père de famille sourit : « Je suis curieux de vivre un premier été ici ". La famille s’est installée dans sa maison-serre en plein hiver. « Pourtant depuis, on a presque toujours vécu dehors, glisse Koen. On prend nos petits déjeuners en terrasse, on dîne dehors. C’est tellement agréable. Quand nos amis sont là, ils ne veulent plus repartir. » Comme on les comprend.
En plus d’être autonome, la maison de Koen et Samia est bioécologique. Pour sa construction, le couple a choisi de n’utiliser que des matériaux biosourcés, aussi naturels et renouvelables que possible. La construction en elle-même, en revanche, n’a pas nécessité plus de temps qu’une maison traditionnelle : en dix mois, le chantier était terminé.