Le maximalisme ou l’art du rangé-dérangé

Par

Karin Scherhag
Collectionner, accumuler, mixer, exposer : tels sont les préceptes du maximalisme. Cette tendance déco casse les codes établis depuis des années par les adeptes des intérieurs épurés à l’excès. Une bonne nouvelle pour les collectionneurs compulsifs, pour ceux que le vide angoisse et pour les bordéliques qui sommeillent en nous. (photo : Pascal Bonnière)

Dans l’appartement lillois de Gaëtan, les collections s’accumulent. Et s’affichent fièrement. Têtes de cerf clouées au mur ou de poupées exposées dans la cuisine, vierges sous globe, mains de mannequins, valises anciennes, squelettes de dinosaures, insectes épinglés, cadres argentés et photos en noir et blanc… « Il y a cinq ou six ans, je n’avais rien de tout cela », raconte le décorateur d’intérieur à la tête de G. la déco.

Ancien adepte de la décoration épurée, le presque quadra a opéré un virage à 180 degrés.« Mon intérieur se résumait à une table, six chaises, un canapé, une table basse et un grand buffet. Du noir et du blanc. Rien de plus. Mais à un moment, le vide m'a angoissé. Quand je rentrais chez moi, j’avais l’impression d’arriver dans un hôpital. Ça ne me correspondait plus. Puis le style scandinave m'a permis de retrouver un peu de chaleur mais ce que je voulais, c’était du vrai scandinave, avec de vrais meubles des années 50-60. Pas ce qu’on trouve dans les magasins de déco. »

Son intérieur se transforme alors peu à peu. Gaëtan commence par accrocher des cadres au mur dans lesquels il place des photos d’artiste et de paysages qui lui rappellent des moments de vie, des êtres chers.C’est le début des collections. « En l’espace de deux ans, le scandinave a totalement disparu de chez moi pour laisser place à ce cabinet de curiosités, sourit-il. Cet endroit me représente bien, il correspond à mon histoire et je m’y sens plus vivant. »

Maximaliste avant l’heure, Gaëtan nous ouvre aujourd’hui les portes d’un appartement haut en couleurs et débordant de vie. Comme lui. Un style qui s’impose comme la tendance déco de cette année. Le #maximalism approche les 89 000 publications sur Instagram avec des photographies d’intérieurs chargés, décalés, colorés, désordonnés.

Le maximalisme est une ode au bazar, aux bibliothèques débordantes de livres, aux vitrines exposant des collections saugrenues, à l’accumulation de bibelots incarnant des chapitres de nos vies, aux murs pleins à craquer de cadres jusqu’au plafond, aux tissus épais et lourds, aux tapis aux couleurs vives et aux papiers peints à motifs.

Le #maximalism approche les 89 000 publications sur Instagram

Loin des intérieurs tirés à quatre épingles dont les magazines de décoration regorgent depuis plusieurs années, le maximalisme offre des ambiances chaleureuses, vibrantes, uniques. Ses adeptes, eux, aiment à piocher dans les différents styles de déco pour créer leur propre style qu’ils sont surs de ne jamais retrouver chez leur voisin.

Les maximalistes prônent le mix & match ou l’art d’associer des objets ramenés de lointains voyages avec ceux chinés au coin de la rue ou hérités de mère-grand. Gaëtan consacre plusieurs heures par semaine à parfaire sa décoration. Brocantes, Emmaüs ou Le Bon Coin, il est à l’affût de l’objet qui viendra compléter ses collections.

Mais pour accumuler, mixer et exposer des objets attrape-cœur, faut-il encore posséder un certain sens du dosage. « Pour créer un cabinet de curiosités, il faut y aller petit à petit, étape par étape, en exposant des objets qu’on aime, auxquels on tient et qui racontent une histoire, conseille le décorateur. Il faut ensuite harmoniser le tout, chercher la bonne place pour chaque objet, ne pas hésiter à déplacer. Et attribuer des espaces à chaque collection. Si tout était mélangé, ce serait moche. »

 

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