Il y a 365 ans, Louis XIV faisait un hold-up à Lille

Par

Justine Pluchard
Oyé, Oyé. Bienvenue en l’an 1660. Lille est une ville fortifiée qui fait partie des dix provinces cathos des Pays-Bas de la couronne espagnole. Des guerres et des sièges, on en a déjà connu un bon paquet à Lille : depuis genre 25 ans, les Bourbons de France et les Habsbourg d’Espagne n’en finissent pas d’y tâter du mousquet. La dernière guerre dans le secteur vient tout juste de se terminer d’ailleurs et la France vient de piquer l’Artois à l’Espagne. Mais, bon, elle a bien voulu lui laisser Lille (pour l’instant).
Louis + Marie-Thérèse. Pour sceller ce traité, Mazarin (le Edouard Philippe de l’époque mais en soutane) se rappelle du dicton “Faites l’amour, pas la guerre” et décide de marier son jeune roi Louis XIV à la fille du roi d’Espagne, Marie-Thérèse, pour entériner comme il se doit la période de paix entre les deux pays. Sauf que Mazarin n’est pas tout à fait du genre romantique et exige une dote colossale à l’Espagne qui ne voit pas le piège et signe le contrat de mariage en mode “allez, ça passeraaaa“.
La gloire de mon père. Cinq ans plus tard, bim, le roi d’Espagne meurt. En plus de Marie-Thèrèse, il avait eu deux autres enfants d’un second mariage, Marguerite et Charles. A l’époque, on ne vous apprend rien, le masculin l’emporte sur le féminin et c’est donc le frère cadet qui doit devenir roi. Sauf qu’il a 3 ans, le petit et qu’il a la santé fragile. En France, on se frotte déjà les mains : si le petit frère meurt, il y a quand même de grandes chances pour que Marie-Thérèse hérite (au moins) de quelques territoires de son papounet. Et comme elle est reine de France et une femme, c’est Louis XIV qui va toucher le pactole.
La part du gâteau. On est en 1666… et le frangin de Marie-Thérèse est toujours vivant. A Versailles (qui est encore en mode gros travaux), on commence à s’impatienter et on cherche un moyen de choper des territoires espagnols au plus vite. Bingo, les bureaucrates du roi dénichent une vieille coutume brabançonne des Pays-bas qui dit grosso modo que l’héritage revient quoi qu’il arrive aux enfants du premier mariage. On appelle ça le droit de dévolution.Les Français se disent donc que leur reine doit logiquement récupérer les Pays-Bas. La tension remonte d’un coup entre les deux pays et à un moment, trêve de bavardages, Louis mobilise ses troupes au printemps 1667 et lance ce qu’on appelle la guerre de Dévolution.
Mode stress : ONA Lille, autant vous dire qu’on est pas ultra serein en apprenant la nouvelle. Le 2 mai, le gouverneur de la ville, Spinola, prend les choses en main : réorganisation de la milice bourgeoise, consolidation des remparts et stocks de poudre et de mousquets. Tout pour être ready pour un siège alors que les paysans des campagnes alentours débarquent affolés en ville avec leurs meubles (rien à voir avec la braderie de Lille, on a vérifié).Pendant ce temps, les Français on déjà fait plier Douai et Tournai et ça ne sent franchement pas bon. Les Espagnols et les Flamands comprennent vite que niveau bataille, ils prennent cher. Ils ont alors une idée et font péter tous leurs barrages pour inonder le secteur et ralentir Louis XIV et ses troupes. Le roi soleil ne prend pas du tout bien la chose et passe en mode “Vous voulez jouer ? On va jouer !”. Il prend direct la route de Lille pour montrer à ses ennemis de quel bois il se chauffe. On est début août et le siège de Lille commence.
Résiste. Pendant tout le mois d’août, Lille va tenter de résister. Mais dans ses valises, Louis XIV a amené Vauban, son ingénieur militaire de génie. Lui est déjà en train d’imaginer sa future citadelle alors qu’il squatte une tente à Fives en attendant que la ville ne tombe. Spinola (le gouverneur espagnol de Lille, vous vous souvenez) a beau envoyer des SOS, les renforts n’arrivent pas.Le 28 août, Lille dépose les armes tel Vercingétorix devant César à Alésia. Ce n’est pas la première fois que Lille est assiégée par les Français puis finalement rendue aux Espagnols après un traité. Ce ne sera pas le cas cette fois-ci, Louis garde Lille et la capitale des Flandres devient officiellement française.