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BRASSERIE_MOTTE_CORDONNIER

À Armentières, la brasserie-malterie Motte-Cordonnier s’apprête à renaître

Par

Karin Scherhag
BRASSERIE_MOTTE_CORDONNIER
Près de trente ans après l’arrêt de la production brassicole, une nouvelle page s’écrit autour de l’un des fleurons de l’architecture industrielle régionale du XXe siècle. En bordure de Lys, les douze hectares du site Motte-Cordonnier abriteront plus de 400 logements, un restaurant, un lieu de mémoire et un complexe de loisirs. Tour d’horizon. Crédits photos : Intoperspectives, Mag Architektura et Baziz Chibane.

« Depuis une quinzaine d’années qu’on se gratte la tête pour savoir ce qu’on va pouvoir faire de ce site, on commence tous vraiment à y croire ! » Hubert Maes, architecte fondateur du Groupe MAES Architectes Urbanistes, a le sourire lorsqu’il nous reçoit sur le chantier de réhabilitation de la brasserie-malterie Motte-Cordonnier, à Armentières. Les travaux de désamiantage, de curage et de démolition entrepris il y a quatre mois par la société Renard ont pris un tour nouveau avec la dépose il y a trois semaines de l’ancienne chaufferie. Datant des années 1960, cette haute cheminée en métal blanc ne présentait pas d’intérêt patrimonial et « rentrait en conflit avec la tour-beffroi » bien plus emblématique, confie Alexandra Piat, architecte du patrimoine et cheffe de projet au sein du Groupe MAES Architectes Urbanistes. « Sa mémoire sera toutefois préservée par une emprise au sol » : un parterre d’essences locales qui dirigera le regard des visiteurs vers les rives de la Lys.

Laissée à l’abandon après l’arrêt de la production en 1993, la brasserie-malterie a subi les assauts du temps. Des bâtiments sont éventrés, l’immense vitrail qui surplombait la malterie n’est plus qu’un lointain souvenir et les mosaïques de la façade tombent littéralement en morceaux. L’ensemble reste pourtant l’un des fleurons de l’architecture industrielle régionale du XXe siècle. Les bâtiments néoclassiques en briques et béton s’apparentent à un château industriel dominé par une tour-beffroi, en haut de laquelle le symbole de la marque, l’étoile de brasseur rouge sur fond bleu, trône fièrement. Un symbole omniprésent sur le site et dans les rues de la ville, rappelant à qui y prête attention les grandes heures de l’entreprise Motte-Cordonnier. « L’étoile, tout comme les faïences qu’on retrouve dans l’ensemble des bâtiments sont une véritable source d’inspiration », glisse Alexandra Piat.

Appartements atypiques et vue imprenable sur la Lys

L’histoire de l’une des plus anciennes brasseries de France (lire ci-contre) aurait pu s’arrêter en même temps que les trois immenses cuves de brassage en cuivre, inscrites à l’inventaire des Monuments Historiques, à l’instar des bâtiments principaux*. Il aura fallu toute la détermination d’une poignée d’hommes – Bernard Haesebroeck, l’actuel maire d’Armentières en tête – pour que le projet prenne enfin vie. Un projet en plusieurs volets.

La réhabilitation de la brasserie et de la malterie en logements d’exception donc, portée par l’entreprise Histoire & Patrimoine. Une opération majeure confiée au Groupe MAES Architectes Urbanistes qui se doit de « préserver ce patrimoine à travers une reconversion maîtrisée, conjuguant respect de l’histoire et usages contemporains, en prenant en compte la mutabilité du bâti et son rôle à l’échelle du territoire. » Une visite de chantier nous permet de mesurer toute la complexité de ce projet. Ici, les anciens silos, des cellules carrées de 16 m2, en partie aveugles ; là, des espaces construits sur trois niveaux avec des hauteurs sous plafond jusqu’à six mètres ; là encore, un futur appartement en duplex entouré d’une immense terrasse offrant une vue imprenable sur la Lys et sur le beffroi à l’étoile. « Il y a eu tout un travail de déconstruction mentale à effectuer », avoue la cheffe de projet. La première phase de l’opération doit faire naître 89 logements, du T1 au T5, avec un prix avoisinant les 5 000 euros au mètre carré (prix foncier et prix travaux). « Les premiers occupants s’installeront d’ici décembre 2022 », promet Hubert Maes. Une deuxième phase suivra, avec 42 logements supplémentaires.

L’ancienne brasserie accueillera en outre un estaminet et un lieu de mémoire, pensés par la famille Motte, désireuse de rendre hommage aux neuf générations d’aïeux qui se sont succédé ici. Un projet de micro-brasserie est également à l’étude.

Les autres bâtiments du site abriteront Euraloisirs, un immense complexe de sports et de loisirs indoor, développé par le groupe financier belge Vega et soutenu par la Métropole européenne de Lille. Livraison prévue en 2024, avec l’espoir de servir de base arrière aux Jeux Olympiques de Paris.

Enfin, les terrains en amont de l’ancienne usine sont dédiés à l’aménagement d’un nouveau quartier conçu par le Groupe MAES Architectes Urbanistes et commercialisé par le Groupe Edouard-Denis : la résidence L’Héritage Motte-Cordonnier. Un ensemble de 278 appartements et maisons en mixité sociale, qui sera livré prochainement.

* La brasserie et la malterie (façades et toitures) ainsi que la salle de brassage et la cage d’escalier sont inscrits au titre des Monuments Historiques depuis 1999.

Motte-Cordonnier, un héritage qui se transmet de génération en génération

Fondée en 1650, ravagée lors de la Première guerre mondiale, déplacée sur le site actuel en bord de Lys en 1923, la brasserie-malterie Motte-Cordonnier est l’une des plus anciennes de France. Et fut l’une des plus importantes de la région. Elle a fait vivre des milliers d’Armentiérois, parfois de génération en génération. Dans les rues de la ville, tout le monde ou presque garde un souvenir ému de cette période.

Quand il reprend l’entreprise familiale en 1898, René Motte n’a qu’une idée : agrandir l’outil de production pour répondre à la demande croissante. La brasserie fournit alors les quelque 400 estaminets de la ville. La nouvelle usine comporte donc une brasserie et une malterie afin que tout le processus de brassage ait lieu sur place. Les brasseurs armentiérois pratiquent par ailleurs la fermentation de la levure à basse température afin de produire une bière stable toute l’année. A l’époque, c’est révolutionnaire.

Aujourd’hui, la dixième génération de Motte entend à son tour écrire une page de l’histoire familiale. En se formant aux techniques de brassage et en collaborant avec des professionnels locaux, ils ont déjà pu créer plusieurs bières : La René, La Emile, La bière familiale et La 100 ans du beffroi. Des bières aux saveurs nouvelles pour séduire de nouveaux consommateurs. La passion, elle, est intacte. L’héritage est entre de bonnes mains.

 

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