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À Lille, la Villa Village offre des studios et colocations pour les victimes de mal-logement

À Lille, la Villa Village offre des studios et colocations pour les victimes de mal-logement

Par

Karin Scherhag
À Lille, la Villa Village offre des studios et colocations pour les victimes de mal-logement
Un ancien hôtel particulier de la place aux Bleuets accueille depuis trois mois des étudiants, des travailleurs précaires et « des cabossés de la vie ». Cette résidence d’un genre nouveau propose onze appartements entièrement meublés à loyers très modérés. Ici, entraide et solidarité sont les maîtres-mots. Crédit photos : Stéphane Mortagne.

Des décennies avant que les premières résidences intergénérationnelles ne fassent leur apparition en France, le projet de Villa Village naissait dans l’esprit de sa fondatrice, Anne de la Baume. À 76 ans, cette Parisienne profondément attachée à Lille a enfin pu concrétiser l’idée qu’elle murissait depuis l’adolescence. « À l’âge de 15 ans, Anne a visité une maison de retraite. Elle qui déteste les ghettos se souvient avoir trouvé sordide un endroit où ne vivent que des personnes âgées. Elle s’était alors promis de créer une résidence où vivraient ensemble des gens de tous âges et de tous horizons. Et c’est ici à Lille, dans un bâtiment du 17ème siècle, qu’elle a pu le faire », raconte Bernard Lavogez, un ami de longue date à qui Anne de la Baume a confié la gestion de sa Villa Village.

Après six ans de lourds travaux de réhabilitation, l’ancien hôtel particulier de la place aux Bleuets rouvrait ses portes mi-octobre. Au bâtiment d’origine, classé, Anne a fait ajouter une extension contemporaine de tôle ondulée en miroir, œuvre de l’architecte Stefania Stera. L’architecture même de la Villa Village incarne le projet de sa fondatrice : la rencontre de l’ancien et du moderne. Un mélange des genres réussi. Onze appartements ont été créés (huit studios et trois T3 destinés à la colocation). Tous sont parfaitement autonomes, avec leur cuisine et leurs sanitaires (chacune des chambres des T3 dispose même de sa propre salle de douche et de ses WC), et entièrement meublés. Anne de la Baume a pensé à tout : de la déco moderne avec canapés, tapis et coussins, à la literie complète (meuble et linge de lit), en passant par toute l’artillerie nécessaire à la confection de bons petits plats (l’électroménager, la vaisselle et le linge de table sont également fournis). Les locataires n’ont qu’à poser leurs valises.

À Lille, la Villa Village offre des studios et colocations pour les victimes de mal-logement

Déjà modéré, le loyer inclut les charges communes et individuelles

Située à deux pas des gares, du centre-ville et du Vieux-Lille, la Villa Village propose des loyers défiant toute concurrence : 15 euros du mètre carré. Pour exemple, un studio de 23 m2 est affiché à 399 euros… tout compris. « Les charges communes et individuelles sont incluses dans le loyer, précise Bernard Lavogez. L’eau, l’électricité, le chauffage, la laverie, le nettoyage des parties communes, la gestion des poubelles…  » Cerise sur le gâteau : aucune caution n’est demandée et les états des lieux d’entrée et de sortie sont offerts. « On choisit les locataires sur la base de leurs revenus. Mais à la différence des autres propriétaires, on sélectionne ceux qui ont les plus faibles. » Depuis son ouverture, cette résidence pas comme les autres abrite donc des étudiants étrangers, des employés de restauration ou de commerce, des saisonniers, des personnes en incapacité de travailler ou d’autres qui ont connu la rue et ont trouvé ici un véritable refuge. « On loge des cabossés de la vie et des jeunes en études supérieures. » Des espaces communs sont à la disposition de chacun. Anne de la Baume espère ainsi favoriser les échanges entre les locataires.

La porte grande ouverte de son studio comme s’il s’attendait à nous recevoir, Daouda nous raconte son arrivée de Guinée par une froide journée de septembre 2017. Il n’avait que 16 ans et se retrouvait seul dans un pays inconnu. Aidé par l’association lilloise Magdala, il a pu intégrer le lycée Baggio où il prépare un bac pro électrotechnique qu’il entend décrocher cette année. Le jeune pompier volontaire a trouvé ses marques à la Villa Village où il se montre toujours prêt à aider ses voisins. « Je suis soulagé d’avoir trouvé cet appartement et je compte y rester le plus longtemps possible. »

 

De l’autre côté du bâtiment, nous rencontrons Ruohan (Cloé de son prénom français), une étudiante chinoise de 22 ans, victime d’une escroquerie au logement à son arrivée à Lille en septembre. La jeune femme, étudiante en journalisme, s’était confiée à La Voix du Nord et son histoire avait émue la maire de Lille, Martine Aubry. C’est elle qui lui a proposé de s’installer ici. Elle vit depuis en colocation dans un spacieux T3 avec un étudiant ingénieur camerounais, rencontré le jour de la visite. « Quand j’ai reçu cet appel, j’étais stressée, inquiète, sous pression » Pour elle aussi, la Villa Village est une bénédiction.

Entre tous ces locataires, l’alchimie prend doucement. « On se retrouve parfois dans la cuisine commune, témoigne Cloé. L’autre soir, Michel (ancien SDF au grand cœur) a même ramené de la brioche pour tout le monde. » La jeune femme, elle, a déposé une platine vinyle et un disque de Jacques Brel dans le grand salon commun dont chacun peut profiter à loisir.

À Lille, la Villa Village offre des studios et colocations pour les victimes de mal-logement

Vers un label Villa Village ?

Anne de la Baume a investi 3 millions d’euros dans ce projet qu’elle a financé via la création de la Fondation Villa Village. Son souhait désormais ? Que d’autres philanthropes comme elle dupliquent son modèle ailleurs en France. Elle travaille donc à l’élaboration d’une charte : une Villa Village doit accueillir des gens de tous horizons, aux faibles revenus. Ce doit aussi être une résidence à loyers très modérés, proposant des appartements meublés et mettant à disposition de ses locataires des espaces communs et des services entièrement gratuits. Un label devrait bientôt voir le jour.

 

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