Voler à domicile: pour eux le rêve est devenu réalité

Par

Karin Scherhag
C’est le rêve de tout pilote :pouvoir décoller de son jardin et avoir la liberté de voler aussi souvent qu’il le désire. À Verchocq, dans l’Audomarois, ce rêve est à la portée de quelques privilégiés qui ont posé le pied dans un surprenant village perdu au milieu des champs : le village aéronautique Delahaye. Ici, les passionnés d’aviation ont la possibilité d’acquérir une parcelle au bord d’un petit aérodrome privé, d’y faire construire une maison et de ranger leur engin volant (avion, ULM, autogire…) dans leur immense garage, entre la citadine et le break. (photo : Pascal Bonnière)

Imaginé par Jean-Louis Delahaye au début des années 2000, l’air park de Verchocq n’est devenu réalité qu’en 2008 au terme de longues négociations avec dix-sept administrations différentes (mairie, préfecture, Armée, douanes notamment). « Ça a été hyper compliqué à mettre en place, se souvient le fondateur. Il a fallu convaincre et faire preuve de détermination. Les premiers permis de construire, c’était une catastrophe parce que mes interlocuteurs n’y comprenaient rien ! (rires) Heureusement que je suis un enfant du village et que tout le monde me connaît. Sinon, on m’aurait pris pour un fou.»

Exploitant agricole et pilote de loisir passionné d’avions depuis sa plus tendre enfance, le Verchocquois décide de « sacrifier » quelques hectares de terre à ce projet incroyable. Son village aéronautique, Jean-Louis Delahaye le voit comme une « marina des airs ». Ici, les terrains se vendent 78 000 euros TTC et sont raccordés aux réseaux d’eau, d’électricité et au tout-à-l’égout. « C’est moins cher qu’au Touquet alors qu’on n’est qu’à dix minutes de vol », glisse-t-il en bon vendeur. Moyennant 110 euros de charges mensuelles, les propriétaires ont accès à la piscine couverte et chauffée, au Spa, au terrain de tennis et, évidemment, à la piste d’aviation. Ses charges comprennent également l’entretien des espaces verts collectifs et des jardins privatifs, un accès à internet dans les parties communes, ainsi que l’utilisation de la station d’épuration dédiée à la résidence. Un concept unique. Et « ouvert à tous, insiste son fondateur.

Contrairement à ce qu’on croit, on n’est pas obligé d’avoir un avion, ni même un brevet de pilotage pour vivre ici... » Voir passer des avions devant chez soi demande quand même un certain attrait pour la discipline. « Ces avions font moins de bruit qu’une mobylette, assure Jean-Louis Delahaye. Et puis c’est un aérodrome privé : on ne donne pas de cours de pilotage et les pilotes extérieurs doivent demander une autorisation pour se poser ici.»

Vingt-trois parcelles ont déjà été vendues et dix-huit maisons réalisées. Il reste donc vingt-deux terrains à acquérir dans cette deuxième tranche du projet. Mais moins d’un quart des propriétaires vivent ici à l’année. Les autres (Belges, Danois, Luxembourgeois, Français et un Britannique) profitent d’une résidence secondaire atypique. Un lieu où ils se rencontrent entre passionnés. « C’est notre petit paradis. On retrouve l’ambiance des villages d’antan : tout le monde se connaît et tout le monde se parle.»

À deux pas de la piste, Jacques et Marie-Pierre nous accueillent dans leur maison décorée avec soin. Le couple de retraités est parmi les plus anciens résidants de l’air park. Eux ont quitté leur vie dans la région lilloise pour s’installer définitivement à Verchocq. « J’ai toujours été fanatique d’aviation, raconte Jacques. Alors quand on a entendu parler d’un mec qui avait inventé un village aéronautique, on est venu voir à quoi ça ressemblait. Quelques jours après, on signait ! » Jacques a depuis réalisé l’un de ses plus vieux rêves : passer son brevet de pilotage. La théorie à Lesquin, la pratique ici. « Moi, je me fais balader, sourit Marie-Pierre, et je redécouvre ma région vue du ciel.»

 

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